Par Jiri Pragman
Initiations Magazine : Avec ses un peu plus de 10000 membres dans ses 109 Loges, comment se porte le GOB ?
Bertrand Fondu : La Franc-Maçonnerie belge, le GOB, sont en bonne santé. Il ne faut cependant pas s'attacher aux chiffres bruts. L'âge moyen des membres est de 60 ans et la moyenne d'âge des nouveaux apprentis navigue autour des 40 ans. A terme, ce n'est pas rassurant même s'il ne faut pas dramatiser. Il est impérieux de former de nouvelles générations. C'est le devoir de chaque Maçon et donc de la Loge, pas celui de l'Obédience qui doit, elle, se concentrer sur les problèmes globaux. Ainsi les problèmes financiers qui pourraient se poser par rapport à la rénovation de son futur siège amènent la construction d’un dialogue particulièrement progressif…
Pour quelles raisons ce vieillissement des maçons ?
BF : L’adolescence se termine à 25 ans puis on s’installe dans la vie professionnelle et familiale. Le temps du recul et de l’analyse se déplace avec l’espérance de vie.
L’extériorisation peut-elle susciter un intérêt pour la Franc-Maçonnerie ?
BF : J’ai participé à un débat à Liège avec Gabriel Ringlet. Le public était venu pour voir la « bête curieuse », le Grand Maître du GOB. A l’issue de la conférence, une quinzaine de personnes m’ont interpellé. Les conférences, les expositions, les activités du musée (belge) de la Franç-Maçonnerie permettent de faire connaître nos valeurs autrement que par les livres.
Voilà que le GOB diffuse un communiqué de presse à propos de Durban II, comme trois Obédiences françaises qui, elles, appelaient au boycott. Va-t-on voir le GOB courir derrière la presse ?
BF : Absolument pas… Mais le contraire ne me dérange pas. Plus sérieusement, le GOB doit également se préoccuper de problèmes qui sont passés sous silence par les médias traditionnels.
Connaissez-vous une hausse des demandes via l’internet ? Sont-elles plus « farfelues » que les demandes de profanes cooptés ?
BF : Elles sont effectivement plus nombreuses, notamment après le passage du précédent Grand Maître dans l’émission de la RTBF Les Bureaux du pouvoir ou sa participation à une conférence à Waterloo. Ces demandes sont transmises ensuite aux Loges qui les traitent souverainement. Il n’y a pas de raison de croire qu’il s’agit de moins bonnes candidatures.
En 2008, le GOB s’est doté d’un site web mais il « vit » très peu et la majorité des pages sont en construction. Est-ce normal ?
BF : C’est vous qui le dites… Cela dit, il existe en Belgique quelques sites bien informés et objectifs... Le GOB n’a pas l’essence divine et doit s’appuyer sur des bénévoles… qui ne peuvent tout assumer. Le personnel est limité alors que les tâches se sont multipliées.
De plus en plus de loges s’extériorisent en montrant des expositions ou en présentant des conférences par exemple à l’occasion d’anniversaires. Qu’en penser ?
BF : Le débat sur les notions de « transparence » et de « clarté » a fait beaucoup réagir. Une émission comme questions à la une a amené des loges jusque là très discrètes à sortir sur la place publique.
L’internet a fait écho à un conflit entre le Grand Orient de France et le Grand Orient de Belgique.
BF : Un document d’assemblée a effectivement circulé hors de l’Obédience et a suscité un malentendu. Le GODF méconnaissait l’histoire du GOB. La déclaration de Casablanca signée à l’occasion des REHFRAM 2009 a permis d’apaiser la situation.
Quid de la mixité au GOB ?
BF : Depuis 2001, chaque Loge est libre et responsable en ce qui concerne la question de la visite des Sœurs. Pour ce qui concerne l’Initiation des femmes, une commission du Grand Collège a été créée ; elle est dirigée par le 1er Grand Maître Adjoint. Cette commission présentera son rapport avant la fin du triennat pour que la question soit posée avant cette échéance
Mais il est aussi question d’une future Grande Loge de Belgique depuis qu’une Loge s’est réunie à Namur et affirme bénéficier du soutien de la Grande Loge Mixte de France. Par ailleurs, le paysage maçonnique belge qui était assez tranquille a également vu apparaître en 2006 ma Confédération de Loges Lithos.
BF : Il est inadmissible qu’une Obédience, la GLMF estime qu’elle a « vocation à soutenir les Loges qui se créent » dans notre pays et n’ait pas pris la peine d’en discuter avec le GOB auquel elle est reliée par un traité d’amitié. En ce qui concerne Lithos, les Francs-Maçons du GOB sont libres de se rendre où ils le veulent et les Vénérables Maîtres ont toute latitude pour accueillir des membres de ces Loges. Pour ce qui concerne les relations entre le GOB et cette confédération – qui, je le précise, refuse de se nommer Obédience, la question pourra être reconsidérée lorsque la fédération belge du Droit Humain aura reçu réponse aux questions qu’elle a adressées à Lithos, les quatre Obédiences belges adogmatiques souhaitant, et je m’en réjouis, s’exprimer d’une seule voix.